Joël Raffier, journaliste bordelais a publié une biographie sur l’ancien cuisinier de François Mitterrand, Vincent Poussard. Il a accepté de répondre à mes questions et de vous raconter les coulisses du livre, né d’une rencontre avec une forte personnalité.

Vincent Poussard est né à Melle, dans les Deux-Sévres, et déjà tout petit, il rêvait d’être cuisinier du Président de la République. Grâce à un culot monstre, il réussit à franchir les portes de l’Elysée et à y rester durant 4 ans. Il est aujourd’hui chef animateur, à l’école de cuisine Quai des Saveurs à Bordeaux.

alt : Widget Notice Mollat

Quelle est la genèse de cette biographie ?

Je l’ai interviewé plusieurs fois pour Sud Ouest et pour Spirit. Je trouvais que sa vie touchait à des choses intéressantes, l’histoire avec Mitterrand, l’éducation, la cuisine, la région. Des choses qui m’intéressent en tout cas. Et puis dans mon cursus j’avais des points communs avec lui… J’ai été élève à l’école hôtelière et j’ai fait mon service militaire dans un ministère. Je pouvais donc me mettre à sa place dans certaines circonstances. Lorsqu’on écrit, il vaut mieux écrire sur ce que l’on connaît. Un peu du moins… Si possible. Mais ce n’est pas une règle exclusive…

On dit Vincent Poussard fort en gueule et mégalo, comment s’est passée votre collaboration ?

Lorsqu’on recueille des témoignages autobiographiques, la grande gueule est à double tranchant. D’un côté on est content de ne pas avoir affaire avec un taiseux qui cache tout mais d’un autre il faut faire la part du vrai, du un peu vrai mais pas tout à fait et de la vantardise pure et simple. Souvent, j’ai été tenté d’utiliser son imagination autant que ses souvenirs mais je me suis abstenu… En fait, il y a la phrase de je ne sais plus qui dans « L’homme qui tua Liberty Valance » de John Ford. Le type s’adresse à un journaliste, curieusement, si je me souviens bien « I you know the truth, print the legend ». J’aime bien cette phrase mais curieusement avec Poussard, la vérité est suffisante si on la creuse.

 Peux-tu nous parler de votre première rencontre ?

La première fois que je l’ai vu, j’allais au théâtre pour Sud Ouest, le soir. Il fumait une clope tranquillement devant son école de cuisine avec quelques uns de ses clients, sur les quais. Comme je semblais intéressé par ce qui se passait à l’intérieur, il m’a gentiment dit d’aller voir, que le coup d’œil était gratuit etc… J’ai pensé qu’il était sympa ce type et puis je suis allé au théâtre. Ce n’est que plus tard, en écrivant le livre, que je me suis rappelé cette circonstance. Cela m’a rassuré. Il n’était pas en représentation, il était juste généreux, ouvert, sympa, avec le plus grand naturel…

 Et des suivantes ?

Je suis allé faire un reportage à l’école hôtelière où j’ai compris qu’il n’était pas un professeur comme les autres. Ce qui est un bon point pour moi… Ensuite j’ai assisté à un de ses food-show dans le cadre des Escales du Livre pour un reportage pour Sud Ouest et c’était vraiment très bien… Ensuite je l’ai interviewé pour Spirit et là je me suis dit : il y a un truc… Je lui en avais parlé et il avait dit : pourquoi pas… Mais on n’avait pas insisté. Ce n’est que deux ans plus tard qu’au cours d’un déjeuner avec Xavier Rosan, directeur du Festin que l’idée a pris corps…

Comment s’est organisée la construction du livre ?

La construction d’une biographie, à moins de choisir une ossature thématique, c’est la chronologie. C’est donc simple même si pour rompre le côté plan-plan il faut la briser à l’occasion et faire quelques retours en arrière…

Tu as interrogé ses proches, ses collègues, amis ou « ennemis », est ce que leur participation t’était acquise ?

Oui, je dois dire que j’ai trouvé des gens très disposés. Ses meilleurs amis ne sont pas toujours tendres avec lui. Il ne laisse pas indifférent, c’est un fait qui m’est vite apparu clair. Ensuite j’ai eu les neuneus habituels du off… Ceux qui te disent qu’il est mégalo mais qu’il ne faut pas l’écrire (tu parles d’un scoop après plusieurs mois passés à l’écouter). Il y a ceux qui me disaient, toujours en off, qu’il a de l’ambition. Un autre scoop… En général, les gens qui parlent en off, n’ont rien à dire. C’est comme ça…

Peux-tu nous livrer des anecdotes ?

Avec le cuisinier de l’Elysée, le grand chef de l’époque, Joël Normand, un type plutôt respectable mais « antagoniste «  de Poussard pour des raisons expliquées dans le livre, j’ai eu du mal. J’avais l’impression qu’il voulait juste l’oublier et qu’il était sur le point de le faire lorsque malencontreusement je lui rappelais son existence maudite. Il a failli raccrocher mais à force de lui exprimer mon respect, il a consenti à me dire deux trois choses. Que je savais déjà. L’autre témoignage marquant est celui de Sylvie Lafon, avec qui Poussard a monté l’Oiseau Bleu. J’ai vraiment compris beaucoup de choses à son contact.

Quel est ton meilleur souvenir ?

On a bien ri… Le voyage à Melle, qui fut un mélange de pudeur et d’impudeur assez incroyable. Un bon souvenir… Ses parents aussi c’est un bon souvenir. Son récit du pèlerinage à St Jacques de Compostelle m’a rendu hilare mais je ne pouvais pas trop rire car cela rejoint la question suivante…

Quel est ton pire souvenir ?

Parfois, ce fut difficile, surtout pour lui. Je lui disais que je n’étais pas son psy, ce qu’il comprenait. Mais c’était plus fort que lui, il souffrait. Certains souvenirs étaient douloureux et pour des raisons personnelles sur lesquelles je ne me suis pas étendu dans le livre car d’ordre privé, strictement, et il était assez malheureux.

Si tu devais présenter Vincent Poussard en quelques lignes, qu’écrirais-tu ?

Un type hors du commun. Un petit gars qui avait peu de cartes en mains et qui a eu de la chance de rencontrer de bonnes personnes. Un gros travailleur, très organisé malgré des apparences contraires.

Aujourd’hui, que le livre est sorti, que ressens-tu et quelles sont tes impressions ?

Un peu de fierté, un peu de frustration pour le côté perfectible toujours. L’envie de recommencer  et surtout d’avoir des lecteurs critiques.

Si tu devais recommencer, que referais-tu, qu’éviterais-tu ?

Je ferais la même chose mais plus vite, grâce à l’expérience. Ou plus lentement, qui sait…

Le questionnaire culinaire de Vincent Poussard par Joël Raffier.

Si Vincent Poussard était un plat ?

Son plat emblématique à l’Oiseau Bleu, une macaronade superlative, avec foie gras, canard, poulet, champignons, riche, un peu redondant.

S’il était son plat préféré ?

Une garbure je crois, quelque chose de simple mais travaillé.

S’il était une épice ?

Du poivre

S’il était un bonbon ?

Un nounours en chocolat. Craquant à l’extérieur, guimauve à l’intérieur.

S’il était un restaurant ?

Une brasserie surpeuplée

S’il était un type de pain ?

Un pain de campagne

S’il était un vin ?

Un Syrah des côtes du Rhône, son vin préféré je crois

S’il était un fromage ?

Un fromage de chèvre des Deux-Sèvres, son pays d’origine

S’il était un dessert ?

Un pain perdu mais vite retrouvé et reperdu… Et retrouvé etc…

S’il était une citation ?

« Le peu que l’on peut faire, le très peu que l’on peut faire, il faut le faire quand même ». Théodore Monod

S’il était une devise ?

Honni soit qui mal y pense

S’il était un défaut ?

Un défaut de temps

S’il était une qualité ?

La franchise

S’il était un signe du zodiaque ?

Un taureau

Et s’il était un super pouvoir ?

L’ubiquité

 

Merci a Joël Raffier !

Translate »