« Je suis né sur les quais, place Bir Hakeim, j’ai passé toute ma jeunesse avec le nez sur le rebord de la fenêtre, à regarder passer les bateaux, et les voir naviguer »

Stephan Delaux est adjoint au maire de Bordeaux, chargé du tourisme, de la promotion touristique du patrimoine et de l’animation de la ville.

Interview par Sita

 

 

 

Stephan DelauxQuel est  l’attachement de la ville de Bordeaux pour le Belem ?

Quand les réflexions ont été menées avec la CUB pour se figurer ce que pourrait être la représentation du pont levant, le choix du Belem a été une évidence. On s’est tout de suite dit : « On va montrer que le Belem peut passer ». Tout le monde s’est emparé de cette image-là. C’est devenu pendant toute la préparation et le chantier, l’image forte. Le projet s’est mué en certitude : « Le Belem va passer sous le pont levant de Bordeaux ». Quand on a peaufiné l’inauguration, on a naturellement étudié avec Christelle Hug de Larauze (déléguée générale de la Fondation Belem), le programme de l’année du navire. Il avait certaines contraintes et ne pouvait pas venir pour la Fête du vin. J’ai dit à Christelle : « J’accepte que le Belem ne soit pas là pour la Fête du vin mais il faut qu’il soit là pour l’inauguration du pont. Ca fait des années que l’on représente le passage du Belem sous le pont Jacques Chaban-Delmas, je compte sur toi ». L’armateur était en train de procéder au changement des moteurs. Le constructeur américain John Deer avait pris un peu de retard. Mais la ténacité et la volonté de Christelle couplées à la livraison express effectuée grâce à l’affrêtement d’un avion spécial ont permis de tenir les délais et d’inaugurer le pont levant Chaban-Delmas avec le Belem.

Quelle relation la ville de Bordeaux entretient-elle avec son fleuve ?

Je m’occupe du tourisme, des grands événements et du fleuve depuis 2001. Un effet essentiel du projet urbain d’Alain Juppé, et de tout ce qui a été fait par rapport à la rénovation des quais, ça a été de redonner le fleuve (la Garonne) à la ville. Bordeaux ne vivait plus avec lui. Elle en était coupée par les hangars, par les grilles. Il n’y avait plus de vie portuaire, maritime à proprement parlé, et progressivement, les gens ont oublié que Bordeaux était une ville qui s’était faite par et avec le fleuve. Quand Alain Juppé m’a confié cette responsabilité, il m’a dit : « Il faut redonner vie au fleuve ». Il avait souhaité qu’il y ait une fête du fleuve et du vin en alternance. Il faut avouer qu’au début cette fête du fleuve, ce faisait avec très peu de choses sur l’eau. C’était surtout un rendez-vous sur les quais. On savait aussi que redonner la vie au fleuve ne consisterait pas à renouer avec un passé maritime marchand, avec des centaines de bateaux dans la
rade, chargeant des billes de bois. C’était du passé. Il fallait ré-imaginer autre chose, c’est ce que l’on essaye de faire depuis une dizaine d’années. La fête du fleuve 2013 a été l’occasion pendant 10 jours de voir toutes les marines se croiser.

D’où vous vient cet amour du fleuve et du Belem ?

Je suis né sur les quais, place Bir Hakeim, j’ai passé toute ma jeunesse avec le nez sur le rebord de la fenêtre, à regarder passer les bateaux, à les voir naviguer. Comme beaucoup j’avais la nostalgie de voir revivre le fleuve. Quand on a mis en place, avec Laurent Maupilé, délégué Général Bordeaux Grands Evénements, la première fête du fleuve, on s’est dit qu’il fallait attirer des bateaux qui permettent de recréer ces images que les gens attendent et qu’ils ont envie de revoir. Ils rêvent de grands bateaux, de vieux voiliers. Un seul navire fait partie du patrimoine national français, c’est le Belem. C’est le plus ancien, et le seul à être classé patrimoine historique. Il a une âme très forte. En 1990, Bordeaux a accueilli la Cutty Sark, qui a profondément marqué l’esprit des gens. Je voulais un peu réouvrir cette histoire. Quand le Belem est venu s’installer dans Bordeaux, qui était en pleine mutation, sur les quais en pleine transformation, le spectacle a été magnifique. Je ne vous cache pas que la première fois qu’il est reparti j’ai eu un pincement.  Le Belem occupe une place à part. Il représente notre histoire maritime, qu’il incarne profondément, c’est un rescapé et nous y sommes très attachés. C’est incroyable, il y a toujours autant de monde qui vient le visiter, les gens ne s’en lassent pas et quand on y monte une fois, on a envie d’y revenir.

Le Belem vient de participer à la Tall Ships Regatta (ancienne Cutty Sark), le nom de Bordeaux circule pour accueillir une future étape. Qu’en est-il ?

C’est un dossier que l’on suit et étudie parmi d’autres. L’année est longue et le fleuve est immense. Malgré tous les efforts que l’on fait pour faire vivre le fleuve, il y a 365 jours, il faut multiplier les événements, il faut renouveler sans cesse l’offre que l’on propose aux Bordelais. Nous souhaitons recevoir des bateaux et des événements qui ont du sens, nous n’achetons pas d’escale. Il faut trouver des partenaires et raconter une histoire, la Tall Ships Regatta pourrait en être un. Ce que je peux, dès à présent, vous dire, c’est que Bordeaux accueillera le Belem pour les fêtes du 15 août 2014 à son retour de Méditerranée.

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